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Emily Wilson démonte The Odyssey de Nolan : critique sévère décryptée

Par admin · · 8 min

Emily Wilson démonte The Odyssey de Nolan : critique sévère décryptée

Vous avez sans doute vu passer les chiffres record du box-office ou les critiques dithyrambiques saluant le nouveau péplum de Christopher Nolan. Mais la critique la plus commentée de The Odyssey ne vient ni d’un magazine de cinéma ni d’un influenceur : elle vient d’Emily Wilson, la traductrice dont le travail a directement inspiré le réalisateur. Dans une tribune publiée le 28 juillet dans la London Review of Books, cette professeure de lettres classiques a signé une charge d’une rare sévérité contre l’adaptation, jugeant l’écriture « abominable » et les personnages dénués de toute motivation crédible. Un contraste saisissant avec le triomphe commercial et l’accueil globalement positif réservé au film. Décryptage d’une polémique qui dépasse largement le cadre cinématographique.


Emily Wilson, l’autorité qui a inspiré Nolan avant de le contredire

Emily Wilson enseigne la littérature classique à l’University of Pennsylvania. En 2017, elle devient la première femme à traduire The Odyssey d’Homère en anglais, un travail salué pour sa clarté et son accessibilité.

Christopher Nolan lui-même a revendiqué cette traduction comme source d’inspiration directe pour son film, sorti en salles le 17 juillet. Il a notamment cité, lors de la promotion, la formule d’ouverture de Wilson — « Tell me about a complicated man » — comme point de départ pour construire son Ulysse, incarné à l’écran par Matt Damon.

Cette filiation revendiquée rend d’autant plus retentissante la critique publiée par Wilson quelques jours après la sortie du film.

📌 À retenir : Emily Wilson n’est pas une simple spectatrice mécontente. C’est la traductrice de référence citée par Nolan lui-même comme influence directe de son scénario.

Les reproches précis d’Emily Wilson au film

Dans son texte intitulé An Uncomplicated Man, Wilson ne mâche pas ses mots. Elle y affirme : « J’aurais honte d’avoir écrit la moindre part de ce scénario. »

Ses critiques portent sur plusieurs axes précis :

  • L’écriture : qualifiée d’« abominable », avec une structure narrative jugée « gimmicky » (artificielle).
  • Les personnages : « aucun personnage n’a de motivation convaincante pour ses actes ou ses paroles », selon Wilson.
  • La profondeur thématique : le film « manque de profondeur psychologique, émotionnelle, politique et éthique », des dimensions pourtant centrales dans le poème original.
  • Les rôles féminins : Pénélope, interprétée par Anne Hathaway, est décrite comme « magnifique et mystérieuse », mais le scénario ne lui donne « rien d’autre à faire que de se languir de Matt Damon, pour des raisons inconnues ».
  • Les détails d’ambiance : Wilson relève même l’absence de scènes de sexe et une représentation de la nourriture qu’elle juge peu appétissante.

Elle résume sa déception ainsi :

« L’Odyssée reproduit son mélange habituel de grandiloquence et de superficialité… La vision du film est trop confuse et ses personnages trop peu développés pour tenir les grandes promesses qu’il semble faire. »

Elle ajoute, dans une formule devenue virale : le film est « un spectacle audiovisuel familial […] avec à peu près le même niveau de profondeur narrative et émotionnelle qu’un feu d’artifice du 14 juillet ».

⚠️ Attention : ces critiques ne portent pas sur la qualité technique ou spectaculaire du film, que Wilson reconnaît volontiers, mais sur son écriture et sa profondeur narrative.

Une seconde charge : la « loi de Zeus » dénaturée

La critique d’Emily Wilson ne s’est pas arrêtée à la London Review of Books. Dans un article publié pour The Atlantic, elle s’en prend cette fois à la manière dont Nolan interprète la xenia, le code d’hospitalité de la Grèce antique, que le film renomme « la loi de Zeus ».

Selon Wilson, le film présente le cheval de Troie comme « la violation ultime » de cette loi, car il s’agit d’« une arme de destruction massive déguisée en cadeau ». Elle estime que cette lecture s’éloigne du texte d’Homère :

« Le Zeus d’Homère est un stratège rusé, alors que le Zeus de Nolan adopte une position particulièrement intransigeante face à la tromperie. »

Elle va jusqu’à qualifier le film lui-même de « cheval de Troie », soulignant l’ironie d’une œuvre qui dénonce la tromperie tout en usant, selon elle, de ses propres artifices narratifs.

Le paradoxe du succès commercial et critique

Malgré cette charge, The Odyssey connaît un succès commercial impressionnant. Aux États-Unis, le film a rapporté 210,5 millions de dollars, dépassant les 174,6 millions engrangés par The Dark Knight-era Nolan avec Oppenheimer sur une période comparable. Les recettes mondiales atteignent 639 millions de dollars.

Indicateur Oppenheimer (2023) The Odyssey (2026)
Box-office US (première période) 174,6 M$ 210,5 M$
Box-office Québec 4,6 M$
Box-office mondial cumulé 639 M$
Réalisateur Christopher Nolan Christopher Nolan

Source : La Presse, données box-office cumulées depuis la sortie du 17 juillet.

Sur le plan critique, la BBC rappelle que le film a globalement reçu des « rave reviews » (critiques dithyrambiques) et connu un accueil très favorable auprès de la presse spécialisée. C’est précisément ce contraste — entre triomphe public et critique quasi unanime d’un côté, et démolition en règle par la spécialiste d’Homère de l’autre — qui a alimenté la viralité de la tribune de Wilson.

💡 Astuce : pour se faire son propre avis, rien ne remplace la comparaison directe entre le texte d’Homère, la traduction de 2017 et le scénario du film — un exercice que plusieurs universitaires recommandent désormais à leurs étudiants.

Le paradoxe assumé par Wilson elle-même

C’est là le cœur, souvent négligé, de la position d’Emily Wilson : sa critique n’est pas univoque. Elle reconnaît explicitement les bénéfices culturels du film, même sévère sur son écriture.

Elle écrit ainsi : « La sortie de The Odyssey reste un événement à célébrer. Cette épopée ramène le public dans les salles… les traductions de l’Odyssée, dont la mienne, s’arrachent en librairie… et peut-être le film convaincra-t-il quelques administrateurs universitaires de ne pas supprimer leurs départements de littérature, de langues et d’histoire. »

Elle ajoute, non sans une pointe d’ironie assumée : « Nolan… fait de son mieux pour redonner le goût de la lecture au grand public, et je lui en suis reconnaissante. » Elle confie même que ses propres enfants ont « passé un bon moment » en voyant le blockbuster au cinéma.

📌 À retenir : le regain d’intérêt pour le grec ancien et les ventes de traductions homériques constituent, selon Wilson elle-même, l’un des effets positifs les plus concrets du film — malgré ses réserves sur l’écriture du scénario.

Ce regain d’intérêt éditorial illustre un phénomène bien connu de l’industrie culturelle : une adaptation clivante peut relancer durablement l’intérêt pour son matériau source, même quand les puristes s’insurgent contre ses libertés créatives.

Ce que révèle cette polémique sur l’adaptation des classiques

Cette controverse dépasse le seul cas de The Odyssey. Elle interroge la manière dont Hollywood transforme des textes fondateurs en blockbusters familiaux. La tension identifiée par Wilson — entre spectacle grand public et fidélité aux enjeux moraux et politiques du texte source — n’est pas propre à Nolan.

D’autres figures du septième art ont récemment dû composer avec des attentes similaires face à des œuvres patrimoniales ou culturellement chargées, preuve que l’exercice de l’adaptation reste un exercice périlleux, quel que soit le budget engagé.

Pour un éclairage complémentaire sur les arguments précis avancés par la traductrice, l’analyse détaillée publiée par The Press revient point par point sur chacun de ses griefs.

En bref : ce qu’il faut retenir de la charge d’Emily Wilson

  • Emily Wilson juge l’écriture du film « abominable » et ses personnages dépourvus de motivation crédible.
  • Elle reproche au film un manque de profondeur psychologique, émotionnelle, politique et éthique.
  • Elle critique également, dans The Atlantic, l’interprétation de la « loi de Zeus » par Nolan.
  • Malgré tout, elle salue le regain d’intérêt du public pour le grec ancien et les traductions homériques.
  • Le film reste un immense succès commercial, avec 639 millions de dollars de recettes mondiales, et a été globalement bien reçu par la critique.

Une œuvre qui divise, un débat qui perdure

La charge d’Emily Wilson ne fera probablement pas fléchir le succès commercial de The Odyssey. Mais elle installe durablement un débat de fond : peut-on rendre justice à la profondeur d’Homère dans un format grand public de trois heures ? Entre le triomphe du box-office et la sévérité de la spécialiste, une question demeure ouverte pour les cinéphiles comme pour les hellénistes : et vous, avez-vous vu davantage un feu d’artifice ou une véritable épopée dans le film de Nolan ?

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