- Une identité forgée entre deux cultures
- "Aporiamor" : un titre qui dit tout sur son univers
- Louise Bourgeois comme boussole artistique
- Lapsus Records : le label qui fait la différence
- La renaissance de la pop espagnole sur la scène internationale
- Ce que "Aporiamor" apporte à l’alt-pop féministe
- FAQ — Elsas et "Aporiamor"
Elsas et "Aporiamor" : l’alt-pop féministe qui vient de Barcelone
Vous cherchez la prochaine grande voix de la pop européenne ? Elsas, de son vrai nom Elsa Hackett Esteban, coche toutes les cases d’une artiste qui ne ressemble à aucune autre. Hispano-britannique, formée dans les meilleures institutions musicales de Londres, elle débarque sur la scène internationale avec "Aporiamor", un EP signé sur le label barcelonais Lapsus Records qui fait déjà parler dans les cercles de la pop alternative. Le mot-clé pour comprendre son univers : la tension. Tension entre les langues, entre les genres musicaux, entre la douceur et la dissonance, entre le corps et la pensée. Elsas musicienne Aporiamor représente bien plus qu’une sortie discographique — c’est l’affirmation d’une identité artistique complète, ancrée dans un féminisme littéraire rare dans la pop contemporaine.
Points clés à retenir
- Elsas (Elsa Hackett Esteban) est une musicienne hispano-britannique basée à Barcelone, formée au Guildhall School of Music de Londres.
- Son EP "Aporiamor" est publié sur Lapsus Records, label catalan incontournable de la scène indie et expérimentale.
- Son univers mêle alt-pop expérimentale, héritage choral méditerranéen et influences classiques.
- Ses textes s’inspirent notamment de l’œuvre et de la pensée de l’artiste plasticienne Louise Bourgeois.
- Elle incarne une nouvelle génération d’artistes espagnoles qui conquièrent la scène anglophone sans renoncer à leurs racines.

Une identité forgée entre deux cultures
Grandir entre Barcelone et le monde anglophone, c’est vivre avec deux grammaires musicales dans la tête. C’est précisément ce double héritage qui structure la musique d’Elsas. Fille d’une culture catalane vibrant encore des voix des coblas et des traditions chorales méditerranéennes, et d’un univers britannique nourri de pop sophistiquée et de rigueur académique, elle ne choisit pas entre les deux. Elle les fait coexister, parfois se heurter.
Son parcours biographique reflète cette dualité. Née et élevée à Barcelone, Elsa Hackett Esteban part se former à Londres, au prestigieux Guildhall School of Music and Drama, l’une des plus grandes écoles de musique d’Europe, qui a vu passer des artistes comme John Barbirolli ou Bryn Terfel. Cette formation classique n’est pas un vernis culturel : elle structure en profondeur sa manière de composer, d’agencer les voix, de traiter le silence comme un matériau sonore à part entière.
De retour dans l’aire ibérique, elle choisit de s’installer dans un écosystème créatif précis : la scène barcelonaise, aujourd’hui l’une des plus fertiles d’Europe pour les musiques alternatives.

"Aporiamor" : un titre qui dit tout sur son univers
Le titre de l’EP n’est pas un hasard. "Aporiamor" est un mot-valise forgé à partir de deux termes — aporia, terme grec désignant une impasse philosophique, une contradiction sans issue — et amor, l’amour en espagnol et en catalan. L’amour comme aporie. L’affect comme territoire impossible à résoudre.
Cette tension conceptuelle traverse l’ensemble des morceaux. Elsas ne compose pas des chansons d’amour au sens conventionnel du terme. Elle dissèque les rapports de pouvoir, les dynamiques émotionnelles, les structures qui enferment — et libèrent — les individus dans leurs relations. Une démarche qui s’inscrit pleinement dans une pensée féministe rigoureuse, loin des slogans, ancrée dans la littérature et les arts visuels.
L’EP se déploie autour de plusieurs axes sonores :
- Des arrangements vocaux complexes, héritiers de la polyphonie chorale méditerranéenne
- Des productions alt-pop qui intègrent des éléments de musique contemporaine et de dissonance harmonique
- Une utilisation du silence et de la dynamique empruntée à la musique classique de chambre
- Des textes bilingues (anglais/catalan/espagnol) qui jouent sur les glissements de sens entre les langues
Louise Bourgeois comme boussole artistique
L’une des influences les plus marquantes revendiquées par Elsas est celle de Louise Bourgeois, sculptrice franco-américaine dont l’œuvre monumentale explore le corps, la mémoire, la maternité et la violence domestique. La référence n’est pas décorative.
Chez Bourgeois, l’art est un processus de réparation psychique — une façon de mettre en forme ce qui résiste au langage ordinaire. Cette conception de la création artistique comme outil de compréhension intime se retrouve directement dans l’approche lyrique d’Elsas. Ses textes ne racontent pas : ils interrogent, ils déplacent, ils créent des espaces d’ambiguïté où l’auditeur est invité à se situer.
Le recours à Bourgeois signale aussi un positionnement clair : celui d’une artiste qui revendique une filiation avec des femmes créatrices dont l’œuvre a longtemps été marginalisée avant d’être reconnue comme centrale. Un geste politique autant qu’esthétique.
Lapsus Records : le label qui fait la différence
La sortie d’"Aporiamor" sur Lapsus Records n’est pas anodine. Fondé à Barcelone, ce label indépendant s’est imposé comme une référence européenne pour les musiques expérimentales et alternatives. Son catalogue accueille des artistes comme Niño de Elche, Cala Vento ou Maria Arnal i Marcel Bagés — autant de noms qui définissent ce que la pop espagnole contemporaine a de plus exigeant et de plus singulier.
Être signé chez Lapsus Records, c’est intégrer un réseau de crédibilité artistique qui dépasse largement le marché espagnol. Le label dispose d’une diffusion européenne et d’une visibilité dans les médias spécialisés anglophones, ce qui offre à Elsas une plateforme idéale pour sa projection internationale.
Ce positionnement éditorial est cohérent avec le projet d’Elsas, qui chante principalement en anglais tout en revendiquant ses racines catalanes et méditerranéennes. Une stratégie artistique qui lui permet de toucher simultanément les auditoires ibériques et le vaste marché de la pop alternative anglophone.
La renaissance de la pop espagnole sur la scène internationale
Elsas arrive à un moment particulièrement propice. Depuis le milieu des années 2010, la pop espagnole connaît une transformation radicale. Des artistes comme Rosalía ont démontré qu’il était possible de conquérir les scènes mondiales sans diluer ses racines culturelles — au contraire, en en faisant le cœur même de la proposition artistique.
Dans ce sillage, une nouvelle génération de musiciennes espagnoles et catalanes explore des territoires sonores inédits :
- Le mélange des langues comme outil stylistique, pas comme compromis commercial
- L’ancrage dans des traditions musicales locales (flamenco, chant choral catalan, musique médiévale ibérique) revisitées par des productions contemporaines
- Un féminisme inscrit dans les structures formelles de la musique, pas seulement dans les paroles
- Une exigence artistique qui refuse la séparation entre musique "savante" et musique "populaire"
Elsas s’inscrit clairement dans cette dynamique. Son passage par Guildhall lui confère une légitimité académique qu’elle met au service d’un projet pop — un mouvement de va-et-vient caractéristique des artistes les plus intéressants de sa génération.
Ce que "Aporiamor" apporte à l’alt-pop féministe
Le féminisme dans la pop n’est pas une nouveauté. Mais la manière dont Elsas l’incarne mérite attention. Elle ne passe pas par la revendication explicite ou le manifeste chanté. Elle travaille en profondeur, sur la structure même de ses compositions, sur le rapport entre la voix et l’instrument, sur les choix harmoniques qui créent de l’inconfort là où le mainstream crée du confort.
C’est là que réside l’apport le plus singulier d’"Aporiamor" à la scène alt-pop féministe actuelle : la démonstration qu’une politique du corps et du genre peut s’exprimer aussi — et peut-être surtout — dans les choix formels, dans la texture sonore, dans ce que la musique fait ressentir avant même qu’on en comprenne les mots.
Pour les amateurs de pop intellectuellement stimulante, de Kate Bush à Aldous Harding en passant par Björk, Elsas constitue un nom à suivre de très près. Son EP "Aporiamor" n’est pas une promesse — c’est déjà un objet artistique abouti, qui trace une trajectoire dont on mesure à peine les contours aujourd’hui.
FAQ — Elsas et "Aporiamor"
Qui est Elsas la musicienne ?
Elsas est le nom de scène d’Elsa Hackett Esteban, musicienne hispano-britannique née et élevée à Barcelone. Formée au Guildhall School of Music and Drama de Londres, elle développe un univers alt-pop expérimental mêlant héritage choral méditerranéen, influences classiques et textes féministes en anglais, espagnol et catalan.
Qu’est-ce que l’EP "Aporiamor" ?
"Aporiamor" est le premier EP d’Elsas, publié sur le label barcelonais Lapsus Records. Le titre combine le mot grec aporia (impasse philosophique) et amor (amour), reflétant un univers artistique centré sur les tensions émotionnelles, les rapports de pouvoir et la complexité des relations, traités à travers une pop alternative ambitieuse.
Quel label publie la musique d’Elsas ?
Elsas est signée chez Lapsus Records, label indépendant barcelonais reconnu sur la scène européenne des musiques alternatives et expérimentales, connu pour des artistes comme Niño de Elche ou Maria Arnal i Marcel Bagés.
Quelle est l’influence de Louise Bourgeois dans la musique d’Elsas ?
Louise Bourgeois, sculptrice franco-américaine dont l’œuvre explore le corps, la mémoire et la violence domestique, est une référence artistique centrale pour Elsas. Cette influence se traduit par une approche lyrique qui interroge et déplace plutôt que de raconter, et par une conception de la création comme outil de compréhension intime et de réparation psychique.
Elsas chante-t-elle en espagnol ou en anglais ?
Elsas chante principalement en anglais, mais intègre également le catalan et l’espagnol dans ses compositions. Ce multilinguisme est un outil stylistique assumé, qui lui permet de jouer sur les glissements de sens entre les langues tout en ciblant à la fois les marchés ibériques et anglophones.
En quoi Elsas s’inscrit-elle dans la renaissance de la pop espagnole ?
Comme Rosalía avant elle, Elsas représente une nouvelle génération d’artistes espagnoles qui conquièrent la scène internationale en faisant de leurs racines culturelles — chant choral catalan, traditions méditerranéennes — le cœur de leur proposition artistique, plutôt qu’un élément à effacer pour plaire au marché mondial.
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